1.
L’enseignement stratégique
L’enseignement du français langue première dans le cadre
de ce programme d’études vise le développement de l’apprentissage autonome
[AUT].Les résultats d’apprentissage cherchent à aller plus
loin que l’enseignement des connaissances en accordant de l’importance à la
prise de conscience des processus et des stratégies: les processus font
référence à ce que l’élève fait durant sa lecture, son écriture, son exposé et
son écoute tandis que les stratégies font référence à la manière dont
l’élève organise ou élabore le matériel présenté.
L’enseignement stratégique met en action les principes d’apprentissage
énoncés dans les principes directeurs (p.
12-14):
- l’élève construit son propre savoir dans un
apprentissage actif;
- l’élève établit continuellement des liens entre ses
connaissances antérieures et les nouvelles connaissances;
- la situation d’apprentissage amène l’élève à
organiser ses connaissances en réseaux (schémas) afin de favoriser
l’intégration et la réutilisation pratique de ses connaissances;
- le transfert maximal des connaissances chez l’élève
tient compte de trois types de connaissances dans l’apprentissage:
- les connaissances du contenu (connaissances déclaratives), c’est-à-dire:
QUOI?
- les connaissances qui portent sur les stratégies d’utilisation
(connaissances procédurales), c’est-à-dire: COMMENT utiliser le contenu?
- les connaissances qui touchent aux conditions et au contexte d’utilisation
(connaissances conditionnelles), c’est-à-dire: QUAND et POURQUOI les
utiliser?
- l’élève peut réaliser le plus efficacement possible ses projets de
communication et, plus globalement, son projet d’apprentissage grâce à
l’acquisition de stratégies cognitives
(qui
portent sur le traitement de l’information) et métacognitives (qui portent sur
le processus d’apprentissage);
- la motivation de l’élève est au centre des interventions de l’enseignant
ou de l’enseignante car c’est un facteur important de réussite;
l’évaluation de la performance de l’élève est, dans un premier temps,
formative et interactive afin de suivre son cheminement dans son apprentissage
et de lui apporter une aide pédagogique immédiate.
Cette évaluation
formative a pour but de vérifier, périodiquement ou à la fin d’une étape
importante, si un ensemble de résultats d’apprentissage a été atteint afin de
déterminer si l’apprentissage doit être renforcé, si on doit faire un retour sur
la situation d’apprentissage antérieure ou encore, passer à la prochaine
étape.
L’évaluation sommative tient compte des différentes connaissances
afin de vérifier si l’élève connaît le contenu (quoi?), sait comment
l’utiliser, quand l’utiliser et pourquoi
l’utiliser.
2.
La situation d’apprentissage
Dans une démarche stratégique, la situation d’apprentissage s’organise en
trois étapes:
- La préparation à l’apprentissage
: l’enseignante ou l’enseignante
transmet l’information nécessaire à l’élève pour qu’elle ou il soit prêt pour
la tâche (connaissances déclaratives: QUOI? ) et pour ce à quoi peut
servir cette tâche (connaissances conditionnelles:
POURQUOI?).
- La réalisation de la tâche
: l’enseignante ou l’enseignante modélise la
tâche et guide l’élève dans la façon de faire la tâche et de traiter
l’information reçue (connaissances procédurales: COMMENT?).
- Le transfert de l’apprentissage
dans d’autres situations: l’enseignant
ou l’enseignante fournit d’autres situations d’apprentissage où l’élève
réinvestit ce qu’elle ou il a appris (connaissances conditionnelles:
QUAND?).
° Le transfert des connaissances
se définit comme étant le réapprentissage de ce que l’élève sait déjà dans une
nouvelle situation. C’est ce qu’elle ou il est capable de faire avec son
savoir à un moment donné.
° Plusieurs idées sont incluses dans
le concept de transfert:
- le transfert amène l’idée d’un déplacement vers
autre chose: partant d’un point connu vers l’inconnu, il est important de
s’appuyer sur ses connaissances et son expérience;
- le transfert touche différentes aspects du
développement:
- l’aspect cognitif (processus mentaux)
- l’aspect méthodologique (méthodes de travail)
- l’aspect comportemental
- l’aspect pédagogique
- le transfert n’est pas spontané: il faut
l’enseigner et il doit être appris;
- il y a différentes variables qui jouent dans le
transfert:
- les élèves (certains font le transfert plus
facilement que d’autres);
- les situations d’apprentissage.
- Voici quelques principes pédagogiques qui peuvent faciliter le transfert
des connaissances6:
- je pars du vécu et des connaissances de l’élève;
- je donne du pouvoir à l’élève en la ou le faisant
participer à ses apprentissages;
- je développe avec l’élève des outils cognitifs (le
modelage);
- je favorise la prise de conscience;
- je favorise la mise en mots de ses prises de
conscience;
- je varie les contextes et les tâches
d’apprentissage;
6. Jacqueline Caron. — Quand revient septembre : guide sur la gestion de
classe participative : livre 1. — Montréal : Éditions de la Chenelière, 1994. —
ISBN 2-89310-199-2
- je négocie avec l’élève une diminution progressive
des outils fournis;
- je fais verbaliser l’élève sur le processus d’apprentissage: comment il
ou elle a
fait la tâche, les difficultés rencontrées, les solutions
trouvées.
- Le transfert des apprentissages peut se faire à trois
niveaux:
- un transfert des connaissances dans des situations
de formation semblables;
- un transfert des connaissances dans des situations
sociales et professionnelles complexes faisant appel à d’autres
connaissances, d’autres valeurs ou d’autres habitudes;
- un transfert des connaissances acquises dans son histoire personnelle en
leur donnant un sens et en les organisant.
- Il faut donc profiter des activités
d’approfondissement ou d’enrichissement pour présenter aux élèves des
situations nouvelles reliées aux résultats d’apprentissage, mais elles doivent
être différentes de ce à quoi l’élève est habitué. Ainsi, l’élève sera obligé
de se questionner et d’élaborer de nouvelles démarches pour trouver une
solution. Le transfert des apprentissages n’est possible que dans de
véritables scénarios ou projets d’apprentissage:
- là où il n’y a aucun lien entre les activités,
l’apprentissage du transfert est impossible;
- là où il n’y a pas d’activités d’enrichissement pour les élèves forts ou
d’activités de consolidation pour les élèves faibles, le transfert est
impossible;
là où tout est évalué, le transfert est impossible.
3. La motivation de l’élève
Selon Jacques Tardif (1992), la motivation scolaire est essentiellement
définie comme l’engagement, la participation et la persistance de l’élève dans
une tâche. Elle se trouve donc dans toutes les étapes de réalisation de la
tâche7.
Différentes stratégies peuvent amener l’élève à s’engager dans ses
apprentissages, donc à être motivé8.
- Stratégies pour amener l’élève à s’engager dans le
choix de ses comportements:
- élaborer avec elle ou lui des règles de discipline de
la classe: règles de vie, conséquences agréables et désagréables;
- l’amener à auto-évaluer ses comportements;
- fournir des occasions pour voir comment ses pairs le ou la perçoivent
(co-évaluation);
- avoir des rencontres-entrevues pour identifier les forces et les
défis.
- Stratégies pour amener l’élève à s’engager dans ses
apprentissages:
- lui faire connaître les résultats d’apprentissage
poursuivis;
- l’aider à objectiver ses apprentissages à l’aide de
pistes pertinentes;
- donner des consignes autant verbales qu’écrites;
- planifier avec le groupe l’échéancier des tâches;
- utiliser l’autocorrection dans la classe;
- utiliser le plan de travail personnel ou collectif;
- aider à mieux s’organiser pour respecter les dates
limites;
- développer avec les élèves des démarches
d’apprentissage et des banques de stratégies;
- élaborer avec les élèves un cahier de méthodes de travail.
- Stratégies pour amener l’élève à s’engager dans
l’évaluation de ses apprentissages:
- faire connaître la tâche qui sera évaluée;
- faire connaître les critères d’évaluation;
- préciser le seuil de réussite;
- fournir des outils d’auto-évaluation;
- utiliser la co-évaluation;
- amener l’élève à découvrir une source de réinvestissement, une force et un
défi.
7. Jacques Tardif. — Pour un enseignement stratégique. — Montréal : Éditions
Logiques, 1992. — P. 91
8. Jacqueline Caron. — Quand revient septembre : livre 1. — Montréal :
Éditions de la Chenelière, 1994. — Adaptation. — P. 223