Santé en français (corrigé)
Jean-François Lacerte
présentation d'une opinion


Sujet amené
Sujet posé
Au Canada, il est reconnu que les droits des minorités de langues officielles sont en fait un concept à deux vitesses. Il y a d'un côté les anglophones du Québec qui jouissent de tous les mêmes services - parfois même de meilleure qualité - que la majorité francophone. De l'autre, nous trouvons les francophones du Canada qui aimeraient, en vain, avoir le même traitement que la majorité anglophone. Cette disparité dans la livraison des services de base en fonction de sa langue est appelée avec sarcasme le "fédéralisme asymétrique" par certains détracteurs du système politique canadien.

Au Québec, les anglophones poussent de grands cris parce que certains services auxiliaires (réception, systèmes téléphoniques automatisés, etc.) seront peut-être donnés en français seulement.






Pendant ce temps, en Ontario, le gouvernement conservateur de Mike Harris veut fermer le seul hôpital qui soit entièrement contrôlé par des francophones, l'hôpital Monfort d'Ottawa. Monfort est aussi le seul endroit où tous les soins et services peuvent être donnés entièrement en français en Ontario. Ouvert au milieu des années 50, Monfort a servi des générations de Franco-Ontariens qui, aujourd'hui, refusent de laisser leur gouvernement fermer ce qu'ils ont durement acquis 40 ans plus tôt.

La mobilisation qui s'est créée autour de Monfort montre à quel point les Franco-Ontariens en ont assez de se laisser manger la laine sur le dos.

L'éducation dans sa langue est un droit reconnu par la constitution canadienne et malgré cela, il est difficile de l'obtenir d'un océan à l'autre. Obtenir des services de santé dans sa langue n'est-il pas un autre droit tout aussi fondamental que l'éducation dans sa langue? Faudra-t-il alors exiger que la reconnaissance de cette dignité de base soit, elle aussi, « constitutionnalisée » pour que l'on puisse enfin obtenir justice?

Au Manitoba, il y a bien quelques localités ici et là où d'excellents services de santé sont offerts en français à la population (on pense notamment au village de Sainte-Anne). Sinon, le Manitoba fait, comme les autres provinces sauf le Québec, figure de parent pauvre en la matière de services de santé dans la langue de la minorité. Au-delà du personnel des relations publiques et de la réceptionniste, l'Hôpital général de Saint-Boniface reconnaît n'offrir pratiquement aucun service de santé en français un tant soit peu comparable à ceux offerts même dans les petits hôpitaux de campagne du Québec. Pourtant, cet hôpital dessert environ 30 000 citoyens de langue française. Ce nombre n'est-il pas suffisant?

Notre communauté a bien des raisons de craindre les effets des coupures de budget, des rationalisations et de la régionalisation dans les services de santé. Si en plus l'hôpital Montfort d'Ottawa devait fermer malgré la grande mobilisation qui s'est créée pour sa survie, cela enverrait le signal que les soins de santé en milieu minoritaire hors-Québec ne sont pas une nécessité.

Partout au Canada, les francophones doivent désormais exiger que le fédéral intervienne afin de forcer les provinces à reconnaître (au moins « là où le nombre le justifie », ce qui devrait inclure Saint-Boniface et plusieurs municipalités rurales de notre province) la nécessité d'offrir des services en français. Plusieurs politiciens répondront qu'ils ne peuvent rien faire « parce que la santé est de juridiction provinciale ». À ceux-là, il faut répondre que lorsque cela fait son affaire, le fédéral ne se gêne pas pour intervenir dans les juridictions des provinces. Qu'il en fasse donc autant dans ce domaine jugé prioritaire par la population, à commencer par nos aînés.

S'il le faut, exigeons sans relâche que ce droit fondamental soit inscrit dans la constitution. Nos élus fédéraux iront bientôt en élection: c'est le temps ou jamais d'insister auprès d'eux pour que justice se fasse.