Croyez-vous encore à la famille?25

Des jeunes du pays s'interrogent sur l'importance de la famille et sur la pertinence d'une Année internationale de la famille.

Êtes-vous au courant que 1994 a été décrétée année internationale de la famille?

Juliette - On en entend parler partout. Pour une fois, les jeunes sont interrogés et peuvent donner leur opinion. Est-ce pour bien paraître que les médias le font? Je ne le sais pas.

Frédéric - Je me dis que ça doit être grave, si l'ONU décide d'en faire une année spéciale. Depuis l'année des personnes handicapées, il existe des espaces de stationnement réservés dans les centres commerciaux et des rampes d'accès un peu partout. Je me demande si une année internationale va recoudre les familles.

Sharon - En tout cas, ça nous fait prendre conscience qu'on n'est pas anormal quand nos parents sont séparés. Moi, je l'ai pensé longtemps. J'étais malheureuse, je ne voulais pas en parler. Là, on nous dit qu'une famille, c'est composé de gens que tu aimes.

Marie-Pierre - Dans plusieurs pays d'Asie, les femmes et les enfants sont les esclaves des hommes. J'espère que cette année internationale va apporter des changements de mentalité chez eux.

Jean-Sébastien - J'ai vu un reportage à la télévision où on disait que les familles monoparentales étaient plus pauvres que les autres. C'est pas dans un autre pays, c'est chez nous. Les mères ont juste le chèque du BS et ce n'est pas assez pour tout payer. Cela fait que les enfants vont à l'école sans manger. Il faudrait aider ces familles-là. Je trouve qu'une partie de l'argent qu'on dépense pour faire la publicité de l'Année internationale de la famille devrait servir à aider les familles dans le besoin. Ce serait plus logique.

Est-ce important la famille pour vous?

Maxime - Moi, je me suis révolté contre ma famille. Je voulais vivre ma vie « au boute », sans contraintes. Je suis descendu très bas. J'ai fugué et tout. Mes parents ne m'ont jamais abandonné. Au fond du trou, c'est là que j'ai compris où étaient mes vraies racines. Tes amis peuvent te laisser tomber n'importe quand, mais pas tes parents. Maintenant, j'ai besoin de leur dire que je les aime et de garder le contact.

Joël - À l'école primaire, tout le monde me rejetait, riait de moi parce que j'étais nouveau et que j'avais un accent. Je n'avais pas d'amis. Quand j'arrivais en pleurant, mes parents m'encourageaient. Je racontais mes problèmes et eux




m'aidaient à trouver des solutions. Je me suis habitué à ne plus écouter les achalants et à faire mon affaire tout seul. Ils ont fini par se tanner. Là, je suis au secondaire et j'ai beaucoup d'amis.

Sharon - À une certaine époque de ta vie, on dirait que tu voudrais renier ta famille. Cela t'enrage parce que les autres ont moins de problèmes que toi. Après la séparation de mes parents, j'avais honte parce qu'on avait moins d'argent qu'avant. Cela me révoltait. J'en voulais à mon père et à sa blonde d'avoir brisé notre famille. J'ai été deux ans sans lui parler.

Juliette - C'est vrai que des fois on voudrait changer de famille. Surtout quand tu es la troisième avec deux frères avant toi. Ils t'achalent tout le temps, te font fâcher, cachent tes affaires. Tu n'es jamais capable d'avoir le dessus. Eux, ils s'amusent. Toi, tu pleures de rage. Tes parents te disent: « Arrête de t'en occuper, tu les encourages. » Je voudrais bien les voir à ma place!

Jean-Sébastien - Moi, ma vraie famille, c'est celle que nous formons maintenant. Mon vrai père ne s'occupe jamais de moi. Quand j'étais petit et que j'allais chez lui, il s'arrangeait toujours pour me faire garder par mes grands-parents. Lui, il sortait tout le temps. Un vrai bébé! Il a toujours une nouvelle blonde. Cette année, il m'a donné le même cadeau que l'année dernière pour ma fête. Il m'a dit: « Va l'échanger ». C'est le mari de ma mère qui est venu avec moi. Je ne sais pas pourquoi mon père m'a eu s'il n'aimait pas les enfants.

Sharon - Je crois que les adultes devraient y penser avant de faire des bébés. On n'est pas des poupées qu'on range dans un coffre quand on a fini de jouer avec. Dans plusieurs familles, on se demande qui sont les parents et qui sont les enfants. A côté de chez nous, il y a une famille où c'est le petit garçon de huit ans qui est le plus raisonnable. Il surveille son père pour qu'il ne fasse pas de bêtises quand il boit trop ou quand il prend de la drogue. C'est toujours lui qui surveille sa petite soeur de deux ans. C'est pas normal. L'autre jour, il nous a dit qu'il ne dormait pas beaucoup la nuit, il est trop inquiet.

Marie-Pierre - Moi, je suis fière de ma famille. On rit beaucoup, on fait plusieurs activités ensemble. Des fois, au chalet de mes grands-parents on est une vingtaine de personnes. Les enfants couchent par terre dans le salon, dans des sacs de couchage. C'est un vrai party. Mes amis me trouvent quétaine parce que la fin de semaine, l'hiver, je préfère aller au chalet plutôt que de sortir en ville. Ils ne comprennent pas que j'aie du plaisir avec mes cousins et mes cousines, mes oncles et mes tantes. C'est le « fun » parce que ça nous fait voir d'autres types de personnes, on apprend toutes sortes de choses. Tout le monde a des métiers différents et des opinions différentes. Surtout sur la politique. Bientôt, on va avoir une petite cousine asiatique. On a tous hâte.

Frédéric - C'est quoi une vraie famille? Quand on adopte un enfant d'un autre pays, est-ce qu'il sent qu'il fait partie de la famille d'adoption ou est-ce qu'il aimerait mieux être resté avec les siens?

Maxime - La parenté réelle n'a pas d'importance. C'est la sincérité de l'amour que tu ressens en dedans qui compte. J'ai été chanceux d'avoir des parents qui me le prouvent.



Je connais des gars et des filles dont les familles se foutent complètement d'eux. Leurs parents donnent des permissions juste pour s'en débarrasser. Avant, je ne voyais pas cela. Je les enviais, je trouvais mes parents trop sévères. Aujourd'hui, je comprends. Je n'échangerais ma famille contre rien au monde.

Joël - C'est important la famille. La mienne me donne de la joie parce qu'on s'aime. On se chicane souvent, mais ça ne dure jamais longtemps. C'est drôle parce que moi je pense que c'est ma soeur qui est la chouchoute et elle dit la même chose de moi. Je ne voudrais pas qu'on se sépare.

Sharon - Tu ne choisis pas ta famille. T'es obligé d'accepter. J'ai trouvé cela difficile parce que malgré tout l'amour que mon père disait avoir pour nous, il a préféré s'en aller vivre avec sa blonde. C'était comme si on ne comptait plus pour lui. Mon petit frère est très tannant et il pensait que c'était parce qu'il avait brisé la vitre de la remise que mon père était parti. J'en ai même voulu à ma mère de ne pas avoir été capable de retenir mon père à la maison. Aujourd'hui, je sais à quel point tout cela a été difficile à supporter pour elle. Maintenant qu'on est plus vieux, je souhaite vraiment qu'elle se fasse un « chum » et je suis certaine qu'on l'aimerait s'il était gentil avec elle. Peut-être qu'il aura des enfants lui aussi. Nous serions une famille recomposée. Et puis, c'est mélangeant tous ces noms-là!