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La famille aujourd'hui26
Texte: Francine Gagnon
La famille traditionnelle papa-maman et toute la marmaille habitant
la même maison, c'est le rêve de tous les enfants, mais un rêve passé
de mode. Du moins dans la plupart des pays d'Amérique du Nord et
d'Europe occidentale où une union sur deux risque de se solder par un
échec. Cela signifie-t-il que la cellule familiale est en voie de disparition?
Loin de là!La famille vit une ère de transition. En quelques années elle est passée du modèle unique prêt-à-porter, à l'adaptation taillée sur mesure. En effet, jusqu'au milieu des années 60, les modèles sociaux imposaient leurs diktats: plus de 90% de nos ancêtres se mariaient et faisaient des enfants légitimes. « Désormais, chacun doit se dessiner une culture familiale sur mesure, cousue coeur, qui s'adapte au style de vie qu'il a envie de mener », écrit Christiane Collange dans son livre « Dessine-moi une famille » (Fayard). Évidemment, avec tous ces changements il est de plus en plus difficile de coller une étiquette au mot famille: éclatée, ouverte, reconstituée, fusionnelle, monoparentale, biparentale, traditionnelle, moderne, en kit, new-look, nucléaire, à distance, etc. Ce ne sont plus les liens formels ni même le fait de partager un même logement à longueur d'année qui soudent les membres d'une famille, mais le sentiment d'appartenance. « L'essentiel, en famille n'est pas le sang qui coule dans les veines, mais les souvenirs qui habitent les mémoires, les personnages qui partagent nos préoccupations ou nos affections, les projets des uns qui intéressent les autres, le code de l'humour partagé qui ne fait rire que chez nous », écrit Christiane Collange. Qui d'autre que sa famille s'émeut en regardant le vidéo des premiers pas de Marie? Qui d'autre que sa famille rit en se rappelant la fois où le lit de Julien s'est écroulé en pleine nuit? Qui d'autre que sa famille pleure le souvenir du bon chien Fido? On a tous besoin d'un refuge affectif La famille existe depuis toujours et sera là encore pour longtemps. Quand tout autour de nous devient jetable: les jouets, les amitiés, le mariage; quand on a peur de ne plus être aimés ou d'être rejetés pour des raisons indépendantes de notre personnalité; quand on a peur d'être ignorés dans une foule anonyme, une certitude demeure: la famille. N'avons-nous pas tous besoin d'aimer et d'être aimés par quelqu'un qu'on aime? « Il ne faut pas être riche financièrement pour avoir des enfants, il faut juste vouloir les aimer. C'est une relation fantastique et on apprend beaucoup si on n'est pas pris par le pattern traditionnel », soutient Jacques L'Heureux, co-président de l'Année internationale de la famille pour le Québec, connu pour son personnage de Passe-Montagne et père de trois enfants. Le simple fait de s'occuper de son hamster, de son chat ou de son poisson rouge constitue sa part de soucis et de joies. Mais n'est-ce pas aussi un excellent remède pour oublier les angoisses de la journée? Pendant des siècles, on s'unissait pour survivre. Le spectre de la famille, du froid, des prédateurs cimentait le clan. Les parents faisaient des enfants par devoir et ne leur manifestaient pas toujours de la tendresse. À notre époque, nous comprenons l'importance de la sécurité affective qui fait qu'on a la certitude de trouver quelqu'un qui s'intéresse à nous, qu'on a un endroit où recharger nos batteries. En effet, plusieurs études ont démontré que le niveau d'anxiété était corrélé à l'absence de milieu familial sécurisant. « C'est pratique une famille, avoue Jacques L'Heureux. C'est là qu'on apprend à vivre en société, c'est là qu'on vit nos plus grandes peines et nos plus grandes joies. Ces rapports sont déterminants pour le reste de notre vie et forgent notre personnalité. » |
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Toujours vivante Même si le cadre monolithique de la famille a été déboulonné, même si les traditionalistes allergiques au changement ont annoncé sa mort, même si elle a pu apparaître comme un carcan par le passé et même si certains l'ont rejetée, la famille reste encore une valeur fondamentale pour 82,2% des gens. C'est ce que confirme un sondage réalisé par le Groupe Léger & Léger dans le cadre de l'Année internationale de la famille. Comme le dit si bien Christiane Collange: « Malgré ses défauts, ses disputes, ses contraintes, ses mesquineries, j'aime la vie de famille. »
La famille demeure au coeur de nos sociétés, au coeur de nos préoccupations, comme au coeur des solutions à nos problèmes. Voilà pourquoi lors d'une assemblée générale tenue le 8 décembre 1989, l'Organisation des Nations Unies a décrété 1994 « Année internationale de la famille » et recommandé que le thème soit « Les ressources et les responsabilités de la famille dans un
monde en mutation ».Il est temps de revaloriser la famille en favorisant la reconnaissance de sa contribution au développement de la collectivité. Il est temps de prendre conscience qu'il faut l'entretenir soigneusement afin qu'elle puisse constituer une base solide à l'épanouissement humain. Nous n'avons pas seulement besoin de manger et de dormir pour exister; nous avons besoin de relations stables et sincères: une sorte de rempart contre les difficultés de la vie. L'ONU veut aussi sensibiliser et faire réfléchir les gouvernements et le secteur privé aux problèmes de la famille. Elle veut également inciter les organismes publics compétents à formuler et à mettre en oeuvre des politiques globales pour aider et soutenir les familles. « Dans certains pays, les femmes et les enfants ne sont pas du tout considérés. Au pays, nous voulons nous pencher sur les difficultés des familles à faible revenu et trouver des solutions. Nous visons à créer une société plus accueillante pour les enfants et leurs parents », explique Jacques L'Heureux. Pour sa part, la ministre responsable de la famille, Violette Trépanier, dans un communiqué émis lors du lancement des activités, soulignait: « La famille constitue une valeur universelle. Malgré ses multiples transformations, elle demeure toujours la première dispensatrice de soutien affectif, économique et matériel indispensable aux enfants. Mais son rôle va plus loin encore. Elle préserve et transmet les valeurs. C'est elle qui tisse, entre tous ses membres, des liens privilégiés qui influenceront toute leur vie. » Choisir sa famille! Après la Deuxième Guerre mondiale, 80% des jeunes ont grandi avec leurs parents. Aujourd'hui, seulement un enfant sur deux peut espérer vivre cette situation. Faut-il en déduire que dans ce temps-là tous les enfants étaient heureux? Dans la famille standardisée se vivaient aussi de réels psychodrames, une sorte de mélange de haine et d'amour. Idéaliser le nid, c'est oublier les familles qui souffrent d'anémie affective, la violence faite aux enfants, la jalousie frères-soeurs, les conflits parents-enfants, les grands-parents indifférents, les parents incompétents, les enfants « Teflon », etc. Tout pour empoisonner l'existence! Papa-maman qui s'aiment et aiment leurs enfants, c'est idéal mais pas toujours réalisable. La famille parfaite n'existe pas parce que chacun de ses membres possède son bagage de souvenirs, évalue le clan selon des critères déterminés par son tempérament, le rang qu'il occupe, ses rapports avec la fratrie et ses expériences de vie. Un même événement peut avoir été traumatisant ou heureux pour l'un et n'avoir laissé aucune trace pour l'autre. |
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« Pour que ça fonctionne bien, chacun doit faire des efforts et prendre ses responsabilités. Les enfants comme les parents se trompent, commettent des erreurs, mais il ne faut pas se haïr pour cela. Après un conflit, s'expliquer, se réconcilier, c'est un signe d'amour », soutient Jacques L'Heureux. Les gestes de tendresse, les caresses, les « bisous », les mots doux sont un aliment vital pour l'épanouissement psychologique et physique de tous et chacun. Le bonheur n'est pas non plus proportionnel au degré de promiscuité et à la fréquence des liens, car il faut beaucoup de doigté pour ne pas devenir envahissant et contraignant. Le désordre cause à lui seul les plus grandes guérillas. Les heures de sommeil et de repas, les goûts musicaux, les demandes matérielles causent des heurts qui ont des conséquences gigantesques sur l'atmosphère familiale. Les parents Mc Donald « En famille, il n'y a plus désormais qu'une seule véritable absence, celle qu'exprime le silence », écrit Christiane Collange. Cet éloignement mène souvent au divorce. Et, ne l'oublions pas, le divorce transforme radicalement la vie des enfants. Faut-il qu'ils soient les grands perdants d'une situation qu'ils n'ont pas choisie? Il existe de mauvais couples qui, une fois séparés, restent de très bons parents. Une bonne relation parents-enfants, c'est comme une bande « Velcro »: plus les petits crochets sont nombreux, plus c'est solide. Ce n'est pas en rencontrant ses enfants au restaurant une fois par semaine et en présence de « l'autre » qu'on développera une culture familiale. On doit valoriser les activités communes, être prêts à partager les peines et les joies les uns des autres, se raconter nos journées, rire ensemble. Hélas, après une rupture, les intérêts et le désir de liberté des adultes sont souvent incompatibles avec le besoin de stabilité et de sécurité des jeunes. Les enfants se sentent des otages, écartelés par des parents qui se servent d'eux pour régler leurs conflits, qui exercent un chantage émotif et qui parlent l'un contre l'autre. Pour les adolescents, la menace est plus grave. Normalement, à cet âge, ils commencent à s'éloigner psychologiquement de leurs parents pour leur revenir par la suite. Or, quand ce sont les protecteurs qui prennent l'initiative de dissoudre le havre, les sentiments sont brouillés. Toutefois, quand le père reste un père et que la mère reste une mère, au bout d'un an ou deux les séquelles laissent place à la stabilité psychologique. Le rôle des grands-parents En raison des dangers qui assaillent la famille, de plus en plus de grands-parents s'impliquent auprès de leurs petits-enfants et de ceux des autres. Ces relations entre générations recèlent des trésors: la compréhension, l'écoute, le respect, la solidarité, etc. Les « papis » et les « mamies » ont le coeur assez grand pour y loger tout ce beau monde. « Les grands-parents parfois rejetés par la famille éclatée sont une source de réconfort et un stimulant », dit Danielle Métras, agente de recherche à la FADOQ. La Fédération de l'Âge d'Or du Québec (FADOQ) prône plus que jamais la reconnaissance des grands-parents au sein de la société. Pour ce faire, la FADOQ met sur pied différents projets ayant pour thème « Pour une plus grande complicité entre les générations ». Un de ces projets pilotes, la Maison des grands-parents, veut rapprocher les aînés des jeunes. Pas uniquement de leurs propres petits-enfants, mais aussi des jeunes du milieu environnant. Ainsi, une fois la semaine, des grands-parents se rendent dans une école primaire faire la lecture et discuter avec les jeunes. « Même par les plus grands froids, ils ne manquent pas leur rendez-vous » , souligne Danielle Métras. Les aînés s'impliquent aussi auprès des adolescents en difficulté afin de leur fournir le |
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support moral dont ils ont besoin. « Un jeune devait changer de centre d'accueil et ne pouvait apporter son chat, raconte Danielle Métras. Une grand-mère s'est chargée de lui trouver un endroit convenable et elle s'est engagée à donner des nouvelles de l'animal régulièrement. » Cette approche positive permet aux jeunes de tendre vers un mieux-être, stimule les aînés, sert de pont entre le passé, le présent et le futur. La grande famille En fait, tous les membres de la famille sont importants pour un enfant: oncles, tantes, cousins, cousines. On a tendance à négliger leur rôle. Ils constituent une source d'identification, un kaléidoscope de modèles d'hommes et de femmes, une mallette à souvenirs et une autre forme d'apprentissage à la vie en société. « Si on veut que tous les épisodes soient captivants, conclut Christiane Collange, il y faut aussi de l'action et une foule de personnages secondaires qui aient un vrai rôle à jouer sans être relégués au simple statut de figurants. Alors, riche d'expériences et de contacts, on peut rentrer à la maison et demander à sa famille ce qu'on est prêt à lui donner: l'essentiel. » L'Année internationale de la famille nous a offert l'occasion de repenser les liens en termes qualitatifs, d'effectuer des choix afin que la vie soit agréable pour tous et nous a rappelé qu'une famille, ça s'entretient ! |