Le suicide30
Il y a quelques semaines, un élève de troisième année, Éric, a tenté de se suicider. Il récupère assez bien maintenant. Voici la lettre que j'aurais aimée lui écrire. Je le fais pour lui, mais aussi pour aider les autres enfants qui, comme lui, n'ont plus le goût de vivre.

Tu avais donc si mal. Et il a fallu que tu te rendes à un doigt de la mort pour que ta famille, tes amis, tes amies et tes professeurs comprennent la profondeur de tes problèmes!

Tu avais l'impression que tu ne valais rien et que personne n'avait d'intérêt pour toi. Cette mésestime de toi et la souffrance de n'être rien pour personne t'étaient devenues intolérables. Il t'a semblé qu'il n'y avait qu'un moyen d'enlever cette peine: arrêter de vivre.

S'enlever la vie peut en effet paraître la seule solution quand on a trop de problèmes. Pourtant, il y a généralement de l'aide disponible autour de nous, mais il arrive que l'on s'en prive pour toutes sortes de raisons: on se sent gêné, on a peur de ne pas être compris, on ne sait pas à qui parler, on a peur que ça fasse bébé...

À l'hôpital, tu as rencontré des personnes qui ont pu t'aider. Et tes proches se demandaient ce qu'ils auraient pu faire pour t'éviter ce trop lourd chagrin et ils se culpabilisaient de n'avoir pas été assez attentifs à tes signes de détresse.

Tes parents ont finalement demandé de l'aide! Ils ont des difficultés entre eux, mais les deux t'ont assuré qu'ils continuent de t'aimer. Ils vivaient mal leurs problèmes et ne se doutaient pas des conséquences pour toi. Dans les rencontres avec ton enseignante, as-tu perçu l'affection réelle qu'elle te porte? Tu sais maintenant qu'elle peut t'écouter et t'adresser aux autres spécialistes. La carte de tes copains et de tes copines disait à quel point tu leur manquais. Ils attendent ton retour avec impatience et ils se demandent ce qu'ils peuvent faire pour te rendre heureux.

On me dit que le goût de parler avec tes parents, de jouer et de retourner à l'école te revient peu à peu. Reprends tes activités, mais sans te presser, car ton corps et ton coeur ont probablement encore besoin de repos.

Tu as vécu beaucoup d'émotions en peu de temps. Tu as probablement l'impression de revenir d'un très long voyage. Ne cherche pas trop à tout comprendre. Apprends plutôt à avoir confiance en toi et à dire au fur et à mesure ce qui te blesse. Essaie aussi d'être attentif aux gestes gentils posés à ton endroit.

S'il t'arrive encore de te sentir seul, demande de l'aide jusqu'à ce qu'on t'écoute: si tes parents ne comprennent pas, parle à quelqu'un d'autre de ta famille ou de l'école. Il faut parler jusqu'à ce que tu te sentes compris. Si personne ne t'écoute, écris-moi. Je te répondrai personnellement.


D'autres difficultés viendront. Tout le monde rencontre des affrontements, des mésententes ou des échecs. Il faut apprendre à régler ses problèmes un par un, sans les laisser s'accumuler. Il faut aussi savoir qu'il n'y a pas que du négatif dans les difficultés: apprendre à vaincre les obstacles aide à grandir.

Je suis contente que tu retrouves du plaisir à certaines choses. Profite au maximum de l'affection des gens qui t'entourent. Laisse-toi doucement aimer et aime à ton tour. Pourquoi ne profiterais-tu pas du temps des vacances pour passer quelques jours avec ton grand-père que tu aimes tant? Ou avec ta tante?

Quant à moi, je voudrais marcher à tes côtés, en silence si tu n'as pas le goût de parler. Je voudrais surtout que mon sourire et mon regard te disent que j'ai confiance en toi. Dans cette aventure pénible, je suis certaine que tu as compris des choses importantes. Qu'elles t'aident à grandir même si elles t'ont fait mal.