Le viol d'une enfant32

J'ai 13 ans. Quand j'avais 10 ans, j'ai été violée... Ça me revient souvent et des fois je rêve que je suis encore obligée de faire cela. Comment oublier? Peux-tu m'aider? S.

Je voudrais être dotée d'une baguette magique pour te faire oublier que tu as été violée, car je ne crois pas qu'on puisse vraiment oublier une agression aussi sordide. Faute de baguette, je veux d'abord t'assurer que tu ne seras plus jamais seule.

Je veux surtout te dire que ce n'est pas de ta faute si un adulte a abusé de toi. Le viol, parce qu'il implique nécessairement la domination d'un plus fort sur un plus faible, est inacceptable même quand il s'agit d'adultes. Une enfant de 10 ans ne peut absolument pas être responsable d'un pareil geste. Tu n'as donc pas à avoir honte ou à te sentir coupable. Quelqu'un de plus fort que toi t'a soumise à ses intérêts à lui et non aux tiens. C'est lui le coupable et non toi. Tu as été une victime.

Je crois comprendre que la situation ne se répète plus actuellement. Si par hasard cela se répète, il faut agir sans attendre une minute pour que cela cesse. Les premières choses à faire: t'organiser pour ne pas te retrouver seule avec ton agresseur et en parler avec un adulte en qui tu as confiance même si on t'a menacée de représailles si tu parlais. Le secret en cette matière fait durer les agressions et crée le sentiment de solitude et d'abandon.

À qui en parler? Si le violeur n'est pas de ta parenté, tes parents pourraient être tes premiers confidents. S'il s'agit de quelqu'un de ta famille (père, frère, oncle, grand-père), le personnel de ton école pourra t'aider directement ou te suggérer d'autres personnes-ressources. Les Centres locaux de services communautaires (CLSC) offrent des services pour les jeunes. Il y a également le Directeur de la protection de la jeunesse qui est autorisé à intervenir chaque fois qu'un enfant est maltraité. Tu trouves son nom dans le bottin téléphonique sous la rubrique Centre des services sociaux. Il y a aussi des groupes de femmes qui ont mis sur pied des services d'aide. S'il en existe dans ta région, tu as des chances de les trouver dans le bottin téléphonique sous l'appellation Centre pour les victimes d'agression sexuelle ou encore Mouvement contre le viol. Les CLSC offrent souvent des sessions de groupe pour des jeunes qui vivent des situations semblables. Je te suggère fortement de te joindre à l'un de ces groupes. En partageant ton vécu, tu pourras vérifier les solutions que chacune a trouvées pour s'en sortir. Aux endroits où tu t'adresses, tu dis simplement que tu as 13 ans, que tu as été violée et que tu as besoin d'aide. Continue tes démarches jusqu'à ce que tu aies obtenu satisfaction. Si tu ne réussis pas, écris-moi de nouveau à Vidéo-Presse en me disant où je peux te rejoindre et je te répondrai immédiatement. Au cours de ces démarches, tu auras probablement l'envie d'abandonner parce qu'il sera question de ta vie intime, d'un agresseur que tu connais probablement, d'une situation passée. Mais si tu veux arrêter de souffrir, il faut continuer tant qu'il y aura quelque chose en toi qui fera mal.



Il faut continuer pour toi, mais aussi pour les autres enfants à qui l'agresseur pourra faire autant de mal qu'à toi si rien n'est fait.

En même temps que tu fais ces démarches, essaie d'être attentive à la minute présente, à ce que la vie t'apporte de bon. Quand tu te rappelles ton passé, essaie de te souvenir également du positif qu'il y a eu. Dis-toi aussi que tu es capable de t'en sortir. Ne laisse pas la méchanceté qui a touché ton existence prendre toute la place en toi. Je te serre fort dans mes bras.