Feuille de travail

Texte Grandeur nature
Consignes

  • J'écoute la lecture du texte en suivant sur ma feuille.
  • J'essaie de reconnaître certains indices linguistiques dans le texte, puis je les indique au crayon: je souligne, j'encercle ou j'écris dans la marge...


Texte: Grandeur nature4

1. J'adore le cinéma Imax.

2. Je l'adore parce que j'aime les gadgets, les gimmicks, les expositions et les foires optiques. Je l'adore parce que j'aime les grandes images et l'air conditionné, les bons sièges et les écrans inclinés. Je l'adore parce que j'aime que l'image soit au focus, que le son soit bon, que les spectateurs se taisent, et qu'ils ne se croient pas dans leur salon. Je l'adore parce que c'est un cinéma qui marche comme toutes les salles devraient fonctionner, et que, quand on y est, on se sent vraiment dépaysé. Bref, j'aime le cinéma Imax parce que j'ai l'impression d'être au cinéma quand j'y suis, et que cette impression-là, peu de salles me la donnent aujourd'hui.

3. Alors, je peux vous assurer que je n'ai pas fini d'y aller. Malgré les réservations, malgré les prix, malgré les queues et malgré les films. Car - il faut bien le dire - le plus grand défaut de cette salle gigantesque, c'est la petitesse des films qu'on y projette.

4. En effet, depuis que l'Imax a été inventé (il y a une bonne vingtaine d'années), peu de cinéastes se sont montrés à la hauteur de ces images projetées sur un écran de six étages. Et ceux qui promettaient avec Imax, « du cinéma plus vrai que nature » n'ont pour l'instant livré que des hommages à nos castors et à nos forêts.

5. Certes, Urgence, Les Volcans, La Navette, et le Grand Canyon avaient tous de bons moments, et le film des Stones était même parfois captivant. Mais la plupart des films Imax restent curieusement maladroits, comme en témoigne à nouveau le glacial Antarctica.



6. Ce n'est pas vraiment un mauvais film, au contraire - tout juste un très mince et prévisible documentaire. Un documentaire qui vous montre tout ce que vous attendez (Ah, le défilé des pingouins au rythme d'une marche militaire!); qui creuse dix pistes intéressantes mais n'explore aucun sujet; et qui - comble d'horreur! - vous gâche la moitié de ce que vous regardez par un commentaire bourré de clichés: « Personne en 10 000 ans n'a vu cette banquise comme vous la voyez aujourd'hui. ».

7. Pourtant - et ce qui suit ne contredit en rien ce qui précède - Antarctica est aussi un spectacle qui captive et qui obsède. Malgré sa narration, malgré son montage et malgré sa réalisation, par le seule force des images, par la puissance du procédé Imax.

8. Parce que la profondeur de ses images donne du relief même aux plats temps morts d'Antarctica, et parce que son écran est si grand qu'on se perd volontiers dedans...

Georges Privet, journal Voir, 18 juin 1992

Reproduit avec l'autorisation des Éditions CEC