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Stratégie: Des poèmes à écouter


« Le son donne le relief imaginaire au sens, il est sa dimension sensible,
indissociable. »
Henri Meschonnic                                                           


Historique
Autrefois, avant l'invention de l'imprimerie, parce que les livres étaient recopiés à la main et coûtaient très chers, la plupart des gens, même les rois et les nobles, ne savaient pas lire. La littérature était donc écrite pour être lue à haute voix ou récitée. À la cour des rois et des nobles, dans les salons littéraires, sur les places publiques, devant le foyer des chaumières, elle accompagnait fêtes et célébrations... Contes, fables, épopées, théâtre, romans, chansons, cantiques, etc., étaient tous écrits en vers. Cela permettait aux conteurs de les mémoriser. Une exception, les discours qui avaient leur propre prosodie (rythme, mélodie et accent de la voix sur certains éléments) dans des phrases le plus souvent très longues et complexes. Jusqu'au XVIe siècle, on n'imaginait pas de réciter des vers sans accompagnement musical. Poésie et musique allaient de pair.

« Au Moyen Âge, le trouvère qui va chanter dans les châteaux, s'accompagne d'un instrument, sonne un accord avant sa strophe, la clôt d'un autre. Ces éclats musicaux du luth ou de la viole sont comme les parenthèses qui vont encadrer le poème, l'isoler du reste du monde. Peu à peu l'instrument est entré dans le texte; nous aurons une prosodie fondée sur le nombre des syllabes et cette rime qui termine le vers un peu comme la sonnerie nous avertit, quand nous tapons à la machine, que cette ligne est terminée. » Michel Butor, Du luth à l'image, Répertoire

La poésie, genre des perfectionnistes, est donc celui qui a résisté le plus longtemps pour garder ses vers. Jusqu'au début du Xe siècle, les poèmes suivaient des formes strictes - nombres et longueur des syllabes dans un vers, place des rimes à l'intérieur des strophes - ce qui les rendait plus faciles à mémoriser et à comprendre.

Le « chant », parlé ou chanté, est resté une des composantes des littératures orales, telles que celle des Inuit. Le rythme de ces chants est créé par la répétition de la même phrase, exactement ou avec de légères variations. Tous leurs chants se terminent de la même façon par une formulette qui signifie:

Ma chanson est finie
Je n'ai plus rien à dire!

Tout Inuk devait avoir son chant personnel: un chant qui lui appartenait en propre et que personne d'autre ne pouvait utiliser. Il récitait son chant personnel à chaque réunion de veillée. Ces chants dépendaient des habiletés de leur créateur et pouvaient donc être très simples. Certains Inuit demandaient à un angakok (barde ou chaman) de leur écrire leur chant.

Des comptines accompagnaient les jeux, ainsi le chant du bilboquet: il fallait réussir à enfiler un os dans l'autre avant la fin de la comptine.

         Inikpunga
         Inpakpunga
         Inerpunga
         Ikipunga
         Makitpunga
         Attillipunga
         Kralikpunga
         Aya-ya
         Aya-ya

Les chants inuit comprenaient presque toujours les mots aya-ya! aya-ya! que tout le monde reprenait en choeur en battant des mains ou du tambour (pour plus d'informations voir « Les chants de la Toundra: un aspect de la culture des Inuit » de Pierre Léon, dans Grandir avec les livres).

Parce qu'ils parlent simplement de la vie de tous les jours, on trouve dans les chants autochtones l'essence même de la poésie: la perception d'un sentiment sous la forme d'une image.

« Je me lève avec les mouvements rapides
D'un battement d'aile de corbeau
Je me lève
À la rencontre du jour.
Mon front détourné du noir de la nuit
Contemple l'aube d'un jour nouveau
Qui blanchit maintenant l'horizon. »
                          Poème inuit

« Qu'est-ce que je te promets?
Des cieux brillants et clairs
C'est ce que je te promets. »
                          Poème chippewa

« Moi, le chanteur, dressé parmi les roseaux d'or,
J'avance, porteur de fleurs et de nobles chants. »
                          Poème aztèque


Les chansons accompagnaient souvent le travail dont elles marquaient le rythme. Ainsi cette chanson qu'un Abénaqui chante en ramant:

Ki yo wah ji neh
yo hey ho hey
Ki yo wah ji neh
Ki yo wah ji neh
                          Keepers of the Earth


L'élément rythmique et sonore du langage est toujours important dans la vie courante puisqu'il est utilisé dans les slogans publicitaires, les comptines et les chansons, les jeux de mots, etc.. Tout le monde y est donc sensible. C'est pour le poète un élément essentiel du texte: les sons et les rythmes offrent des possibilités ludiques nombreuses et sont l'élément physique du texte, ce qui lui donne sa saveur.

Dans la poésie, comme dans la chanson, c'est souvent un rythme, une sonorité, plutôt que le message qui guident le poète au moment de l'écriture.

Amorce
  • Lire, dans D'une race à part de Tony German, aux Éditions Pierre Tisseyre, le rôle que les chansons jouaient pour les voyageurs francophones et métis qui parcouraient le Canada en canot.

    Démarche
  • Chercher d'autres chants qui accompagnent le travail ou d'autres activités dans plusieurs cultures.

  • Contraster avec le rythme des berceuses dans Chansons, contes et comptines de Gilles Vigneault.

  • Proposer une petite recherche sur les poètes dont ceux de l'antiquité, de l'époque classique de Louis XIV: Homère, Ésope, le barde dans les bandes dessinées d'Astérix, les trouvères et troubadours, les pièces de Molière, des extraits des contes de Perrault dans leur version originale, les fables de La Fontaine ou les chants autochtones.

  • Mélanger des poèmes à contenu autochtone et métis dans les groupes de poèmes que l'on donne à lire aux élèves (« Chants de la toundra », Nouveaux Parcours: 2e itinéraire: 1re étape: Dossier et les petits poèmes de Mes Amérindes, par exemple).

  • Demander aux élèves d'écrire à partir de l'audition d'une phrase musicale ou d'un rythme martelé sur la table, les genoux, avec des cuillères, etc. Au début, les mots n'ont pas à porter de message, du moment que la succession de leurs syllabes crée un enchaînement rythmique.
    Exemple: paradis (3) - paradis (3) - pomme (1)

  • Ensuite, les élèves essaient de construire des phrases plus complexes et ayant un contenu sémantique porteur de sens:
    Exemple: où es-tu (3) - que fais-tu (3) - loup (1)
                   dis-le-moi (3) - montre-toi (3) - toi (1)

    Ressources
  • Utiliser les pages 13 à 17 de Les Scribouillards pour observer les différences de rythme dans une variété de poèmes.

  • « Un hôtel de Bordeaux ». - Monselet, Charles. - Au fil des mots. - Guérin. - P. 346

    Le rythme de ce poème est surprenant et amusant car il alterne des vers de 8 et de 2 pieds.

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