L'évaluation
Évaluation des objectifs relatifs aux valeurs
De façon générale, il est préférable de ne pas évaluer les valeurs des élèves de façon sommative, car cela mène essentiellement à qualifier d'incorrectes les valeurs d'un ou d'une élève. Cela peut toutefois être nécessaire dans certaines situations portant sur les droits fondamentaux de la personne. Dans la plupart des cas cependant, il existe une variété telle de points de vue acceptables dans une société pluraliste qu'il est plus avantageux pour les enseignants et enseignantes d'aider les élèves à réfléchir au raisonnement soutenant ces valeurs.
Les objectifs relatifs aux valeurs dans notre programme d'études incitent l'élève à évaluer, à comprendre ou à s'intéresser à certains aspects de la vie sociale. On n'exige pas de l'élève qu'il ou elle adopte certaines valeurs, mais on lui suggère de commencer à comprendre certaines des implications morales, éthiques ou esthétiques d'une question sociale. Les objectifs de ce type se prêtent à des méthodes d'évaluation formative plus informelles.
L'enseignante ou l'enseignant peut «sentir» ce que les élèves ont appris au sujet des valeurs enseignées en classe à partir des discussions de classe, de groupes ou individuelles. Ils peuvent ainsi noter sur un tableau les changements dans les valeurs de leurs élèves, plutôt que de procéder à une évaluation finale de la qualité de ces valeurs. Ces changements peuvent être notés au moyen de dossiers anecdotiques ou de grilles d'observation.
La créativité et le raisonnement critique est un objectif fondamental du programme de sciences humaines dans le cadre du tronc commun. Les enseignantes et enseignants ne doivent pas nuire à cet objectif en insistant sur une prise de position unique sur des valeurs données en classe. Ils ou elles doivent au contraire profiter de ces occasions pour stimuler la discussion et le raisonnement autonome sur ces questions.
Les élèves doivent être encouragés à développer leurs capacités de raisonnement et de communication afin de définir des valeurs et d'exprimer leur point de vue et de le défendre dans un débat ouvert. Les enseignantes et enseignants peuvent évaluer le travail de leurs élèves de ce point de vue, à condition qu'il soit clair que cette évaluation porte sur la capacité à réfléchir, à penser logiquement et à communiquer plutôt que sur la valeur en tant que telle. Préciser exactement ce que sont ces habiletés et les stades de leur développement permet à l'enseignant ou à l'enseignante de mettre au point des instruments d'évaluation adéquats. N.B.: Voir Apprentissages essentiels communs: Manuel de l'enseignant.
Évaluation des habiletés et capacités
Il est important également que l'évaluation montre clairement la relation entre ce qui a été enseigné et ce qui est évalué. Si les capacités ou habiletés sont l'un des principaux objectifs de l'enseignement, les instruments d'évaluation ne mesurant que l'assimilation des connaissances feront comprendre rapidement à l'élève ce qui est important dans ce cours. Il est essentiel, pour réaliser les objectifs de ce cours, d'insister sur les capacités et habiletés autant que sur l'information pour tout instrument d'évaluation utilisé.
L'évaluation des habiletés doit également exiger de l'élève qu'il ou elle démontre, d'une manière ou d'une autre, qu'il ou elle sait à quelle habileté faire appel dans une situation particulière et comment l'utiliser. Le matériel pour lequel l'élève doit faire appel à ses capacités et habiletés ne doit pas être connu afin que celui-ci ou celle-ci n'ait pas la possibilité de recourir à des généralisations préconçues, et de fausser ainsi l'évaluation.
La démarche d'évaluation pédagogique
L'évaluation pédagogique dans le sens général est une démarche systématique visant à déterminer le niveau atteint par un élève dans son apprentissage par rapport à une norme, comme les objectifs du cours ou la performance moyenne des élèves d'un groupe.
Selon le schéma suivant cette démarche s'effectue en deux étapes - la mesure et l'évaluation.
La mesure
Cette étape inclut la collecte, l'organisation et l'interprétation des données pertinentes.
- La collecte des données
La collecte des résultats ou des notes se fait avec des instruments de mesure comme le test oral ou écrit, le test de performance, les fiches anecdotiques, les échelles d'appréciation, les travaux écrits, les présentations orales ou la grille d'observation.
- L'organisation des données
Cette partie consiste à organiser et analyser les données pour faciliter leur interprétation. On tient compte des critères quantitatifs des résultats (les notes, les chiffres) et des critères qualitatifs des résultats (l'attitude, la coopération, le respect des règles).
- L'interprétation des données
Cette partie consiste à comparer les données recueillies à un point de référence choisi.
Il y a trois interprétations possibles: normatives, critériée et par rapport à une performance antérieure de l'élève.
L'évaluation
Cette étape comprend le jugement et la décision.
Cette partie de la démarche d'évaluation pédagogique consiste à examiner soigneusement les données recueillies par le biais des instruments de mesure en tenant compte des considérations pertinentes (la situation particulière de l'élève, le programme d'études, le moment de l'année, la variété des ressources, etc.) pour se faire une opinion sur la progression ou le niveau de réalisation des apprentissages de l'élève.
Cette partie de la démarche d'évaluation pédagogique consiste, tout d'abord, à considérer les actions possibles, puis à choisir l'action qui correspond le mieux au jugement prononcé.
L'interprétation des données
Une personne pèse 60 kg. C'est une mesure quantitative qui est facile à vérifier avec une certaine précision. Pourtant, pour pouvoir porter un jugement de la valeur d'un tel poids (s'il est «bon» ou «mauvais» de peser 60 kg) il faut d'abord le comparer par rapport à un point de référence, à un standard. En effet, il y a trois interprétations à considérer:
- Interprétation normative. Ici on compare les données recueillies à des données analogues recueillies auprès de nombreuses personnes se trouvant dans une situation comparable. Si le recensement révèle que la plupart des autres personnes de même sexe, de même taille et de même type ont des poids qui varient entre 50 et 53 kilos, on peut alors porter un jugement et dire que dans un sens, le fait de peser 60 kilos n'est «pas bon». L'évaluation tient ici au contexte. En effet, dans les sociétés occidentales, quand il est question de poids, «bon» se rapporte en général à ce qui se situe dans la moyenne ou au-dessous. Dans d'autres cultures cependant, l'évaluation est tout à fait différente. Ainsi, dans les îles Tonga, peser plus que la moyenne révèle qu'on est un personnage de haut rang.
- Interprétation critériée. Ici, la mesure est comparée à une norme absolue, le critère. Le critère peut être arbitrairement déterminé, mais il s'appuie la plupart du temps sur une certaine logique. Supposons que seules les personnes de 55 kilos ou moins puissent participer au programme de navette spatiale. C'est là un critère qui a été déterminé en fonction des contraintes qu'imposent les moteurs de la fusée: ils régissent le poids total qui peut être mis en orbite. Dans ce cas, une personne pesant 60 kilos ne satisfait pas à ce critère.
- Interprétation par rapport à une performance antérieure de l'élève. On peut être soi-même son propre point de référence. Ici, on compare chez une même personne sa performance actuelle à sa performance antérieure. Prenons le cas de quelqu'un qui pesait 90 kilos il y a un an, avant d'entreprendre un régime. Son poids actuel de 60 kilos est donc considéré comme une amélioration majeure, même s'il se situe au-dessus de la normale et qu'il constitue un obstacle à une carrière d'astronaute.