
Écouter et lire sont deux processus très semblables, basés sur la compréhension soit d'un discours, soit d'un texte. Dans le cadre du programme de français en Saskatchewan, le processus de compréhension est conçu comme un processus interactif-constructif entre l'émetteur et le récepteur par l'entremise d'un message (voir le tableau de la page 217). En effet, le récepteur comme le lecteur doit pouvoir saisir ou deviner le sens du message, faire des hypothèses et des prédictions sur le contenu et la forme du message, anticiper la suite, inférer les intentions de l'émetteur, interpréter les référents culturels et donc aller au delà du texte lui-même pour en tirer le sens.
Pour qu'il y ait compréhension, il faut de plus qu'il y ait correspondance au moins partielle entre les connaissances antérieures d'un individu et le contenu du discours ou du texte. Ces connaissances préalables peuvent être relatives à trois domaines:
L'enseignement en langue seconde exige que l'on prête une attention particulière au processus de compréhension de façon à bien préparer les élèves avant l'écoute d'un discours ou la lecture d'un texte. En effet, si les connaissances antérieures dans un ou plusieurs des domaines mentionnés plus haut ne sont pas établies, il faut planifier des activités préalables visant à les construire. Lors de la planification de ces activités, on veillera à tenir compte des différences de connaissances antérieures parmi les élèves [PD].
La théorie du schème développée d'abord pour la compréhension de textes écrits s'applique également à la compréhension lors de l'écoute.
Selon la théorie des schèmes (Schema theory de Rumelhart et Ortony, 1977), la lecture est un processus interactif entre les connaissances que possède le lecteur et le texte lui-même. Cette théorie vise à expliquer de quelle façon les connaissances d'un individu sont conservées dans sa tête, comment il les récupère et comment il les modifie lors de la lecture ou de l'écoute.
Elle suppose que les connaissances sont organisées en large unités (action, séquences d'actions, événements...) appelées schèmes. Le schème contient toute l'information, toute l'expérience physique et psychologique, toutes les opinions, les émotions et les impressions, tous les sentiments et tout le bagage linguistique et culturel que le lecteur a accumulé sur le sujet dans sa mémoire. Cette mémoire est réactivée par une lecture sur le même sujet. Pendant la lecture, chaque nouvelle information est comparée à celles qui sont déjà accumulées dans la structure cognitive du sujet, afin de vérifier si elle est compatible.
Toute expérience, qu'elle ait été réelle ou par personne interposée, réactive et enrichit un schème. Avoir accès aux schèmes de personnes d'autres cultures à travers leur littérature ou leurs témoignages, en apprenant leur langue, permet d'élargir encore ses schèmes personnels et de développer son empathie envers autrui [VAL].
L'apprentissage a lieu quand l'élève fait un lien entre la nouvelle information et ce qu'il sait déjà. Toute information nouvelle n'a de signification que si elle peut être reliée aux connaissances antérieures. Certains lecteurs, d'autre part, éviteront ou ignoreront inconsciemment des informations qui évoquent des émotions pénibles pour eux.
Le même texte sera donc interprété de façon très différente selon les individus. Ceux-ci retiendront et ignoreront différentes informations, ils réagiront de différentes manières, cognitivement et émotionnellement, selon le schème qu'ils possèdent sur le sujet.
Pour utiliser une analogie cybernétique, le schème est comme un dossier d'ordinateur qui contiendrait plusieurs documents. L'élève doit savoir dans quels documents ajouter l'information. Comme chaque individu a une organisation et une information différente, il doit apprendre à réactiver le plus grand nombre possible de ces documents pour les compléter et même aller les classer dans d'autres dossiers. Il doit donc apprendre à relier ce qu'il apprend aux informations qu'il a déjà. S'il se contentait de créer de nouveaux dossiers pour chaque information nouvelle,il n'aurait que quelques bribes d'informations dans une multitude de documents et ne pourrait jamais réutiliser les informations qu'il aurait accumulées.
La lecture est conçue comme un processus interactif. Tantôt le lecteur utilise un processus du bas vers le haut; il décode les lettres et les mots pour reconstituer le sens donné par l'auteur. L'information est retirée du texte et est acheminée vers les niveauxsupérieurs de la structure cognitive. Tantôt il privilégie un processus du haut vers le bas; il prédit le sens en utilisant son expérience et ses connaissances, c'est-à-dire, à partir des schèmes qu'il possède déjà. Il n'a pas besoin de décoder tous les indices donnés par le texte. Selon son expérience et les caractéristiques du texte, tout lecteur utilise l'une et l'autre de ces deux approches à des degrés divers au cours d'une même lecture.
Les schèmes sont de deux ordres: les schèmes de contenu et les schèmes de structure de textes. Pour être efficace en lecture, il faut donc posséder les deux: beaucoup d'informations sur le sujet et une bonne connaissance de la structure du texte qu'on veut lire pour pouvoir suivre la présentation des idées. Pour plus d'informations à ce sujet, lire Carrell, Cornaire et Giasson.
Pour qu'un schème soit définitivement enrichi par la lecture ou l'écoute, il est important que le récepteur ait l'occasion d'exprimer ses réactions, cognitives et émotionnelles au message et de réinvestir les nouveaux mots et concepts dans des activités signifiantes. Alors que ce processus prendra place naturellement en langue maternelle parce que le récepteur aura l'occasion de faire ce réinvestissement dans son environnement, avec son entourage, ses amis et les membres de sa famille, en langue seconde, ce réinvestissement doit être planifié, préparé et organisé dans les activités de classe.
L'apprentissage n'est pas linéaire, il est fait de retours en arrière constants pour réévaluer les informations et les concepts déjà connus à la lumière de nouvelles informations. La connaissance de la forme aide à décoder l'information contenue dans le texte et à l'identifier. Le lecteur peut alors faire le lien entre cette information et les connaissances expérientielles, culturelles et notionnelles qu'il possède déjà sur le sujet. De même, ces connaissances préalables permettent de décoder le texte et de l'interpréter pour y identifier l'information désirée.
