Les activités de classification
Frank Smith (1978) explique que nous avons tous en nous une "théorie du monde" : une somme de connaissances sur le monde qui nous entoure, connaissances que nous avons acquises en fonction de nos expériences et de notre façon de percevoir le monde et les événements.
Chaque fois que nous sommes confrontés à un nouvel événement, à une nouvelle expérience, c'est notre théorie du monde qui influence la façon dont nous intégrerons de nouvelles connaissances à notre bagage de connaissances acquises antérieurement. Cependant, on peut définir trois aspects communs à la façon dont nos cerveaux enregistrent l'information, qui devient connaissance. Ces aspects sont les suivants :
- nous établissons tous des catégories dans lesquelles nous "rangeons" tout concept nouvellement acquis;
- nous avons un système de règles d'appartenance à chacune de ces catégories;
- nous établissons un réseau de relations entre les catégories, si bien que tout est interrelié, d'une façon ou d'une autre, directement ou indirectement.
Cette théorie, ajoute Smith4, est le fondement de l'apprentissage : elle nous permet d'établir un lien entre ce que l'on sait déjà et ce que l'on apprend, et nous aide donc à comprendre pour mieux apprendre (CRC, AUT).
Pourquoi les utiliser?
On utilise cette stratégie pour :
- aider les élèves à faire le lien entre leurs connaissances préalables et les concepts qu'ils découvrent, les aidant ainsi à comprendre en apprenant (COM, CRC);
- aider les élèves à établir un plus grand nombre de relations entre les divers concepts et à se rendre compte que tout le monde n'établit pas les mêmes liens; ceci renforce les bases sur lesquelles se fait l'acquisition de nouvelles connaissances (COM, CRC);
- aider les élèves à établir des liens entre leurs connaissances antérieures et les mots qu'ils découvrent dans la langue française (COM, CRC);
- aider les élèves à établir divers liens entre les mots (COM, CRC);
- élaborer en classe des instruments de référence que les élèves peuvent utiliser en situation de production écrite et de compréhension écrite;
- fixer le vocabulaire en utilisant les mots dans diverses activités de classification.
- Smith, Frank. La compréhension et l'apprentissage, Les Éditions HRW, Montréal, 1979, p. 12. Précédent
D'une manière générale, les activités de classification encouragent la pensée intuitive et l'habileté à évaluer des idées, des démarches, des expériences, des mots et des objets en contexte signifiant (CRC).
Il faut prêter attention aux remarques suivantes lorsqu'on utilise cette stratégie d'enseignement :
- faire des activités de classification avec toute la classe avant d'en faire par petits groupes ou individuellement;
- tout le monde n'est pas toujours d'accord sur la catégorie dans laquelle on devrait ranger tel ou tel mot. Encourager les élèves à exprimer leur désaccord, et les habituer à expliquer pourquoi ils ne sont pas d'accord pour ranger tel mot dans telle catégorie, de façon à faire profiter le reste de la classe d'un autre lien à établir entre les concepts dont on parle (CRC);
- veiller à ce que les élèves respectent l'opinion d'un camarade qui n'est pas d'accord avec la façon dont on a catégorisé des mots (VAL);
- adopter l'opinion de la majorité lors des activités collectives, mais laisser chacun classer selon son opinion dans les activités individuelles, telles que le fichier personnel.
On gardera le résultat d'une activité de classification exposé dans la classe aussi longtemps que les activités seront centrées sur les mots classés. Ces listes serviront de référence dans diverses situations.
Les diverses catégories possibles
Il existe de multiples façon de catégoriser des objets, des concepts, des idées ou des mots.
Ce document décrit des façons de catégoriser des mots qui sont particulièrement intéressantes pour l'enseignement de la lecture en immersion :
- la classification par catégories sémantiques (selon le sens des mots à classer);
- la classification par catégories syntaxiques (selon la fonction des mots à classer);
- la classification par catégories grapho-phonétiques (selon les sons que contiennent les mots);
- la classification par catégories morphologiques (selon les éléments qui forment les mots).
Les catégories sémantiques
Lorsqu'on classe des mots selon des catégories sémantiques, les règles d'appartenance sont basées sur le sens des mots à classer. Par exemple :
- classer les mots relatifs au thème de l'hiver selon des catégories telles que les vêtements d'hiver, les sports d'hiver, les animaux en hiver;
- classer les mots et les idées d'un texte lu selon des catégories telles que les personnages, les actions, les lieux, les événements.
Les catégories syntaxiques
Lorsqu'on classe des mots selon des catégories syntaxiques, les règles d'appartenance sont basées sur la fonction des mots à classer. Par exemple :
- classer les mots selon qu'ils sont des noms (qui désignent des personnes, des animaux, des objets, ou des lieux), des verbes (les mots d'action) ou des adjectifs (les mots qui décrivent).
Les catégories grapho-phonétiques
Lorsqu'on classe des mots selon des catégories grapho-phonétiques, les règles d'appartenance sont basées sur les sons que contiennent les mots à classer. Par exemple :
- classer les mots selon qu'ils commencent par la lettre p, par la lettre m;
- classer les mots selon qu'ils contiennent le son ou, le son an.
Les catégories morphologiques
Lorsqu'on classe des mots selon des catégories morphologiques, les règles d'appartenance sont basées sur les éléments dont sont formés les mots à classer. Par exemple :
- classer les mots qui se terminent par nt;
- classer les mots dans lesquels on retrouve le préfixe in-/im-.
Il faut également encourager les élèves à suggérer eux-mêmes des critères de classification, c'est-à-dire pratiquer la classification ouverte (consulter le programme d'études à ce propos).
Quelques moyens de présenter ces activités
L'utilisation des diverses façons de classer mentionnées précédemment permet d'amener les élèves à établir différents liens entre les mots et les concepts (CRC). On peut varier la présentation des activités de classification, comme le montrent les paragraphes qui suivent.
Les cartes-éclair reliées par des bandes de ruban adhésif sont faciles à utiliser lorsqu'on veut classer les mots d'une liste qu'on vient de créer :
- écrire les mots à classer sur des cartes-éclair;
- écrire les titres de catégories sur des cartes-éclair d'une couleur différente;
- à l'aide d'une agrafeuse, fixer au tableau ou sur un babillard de longues bandes de ruban adhésif, côté collant exposé;
- afficher un titre de catégorie en haut de chaque bande de ruban adhésif;
- demander aux élèves dans quelle catégorie ils placeraient chaque mot à classer; le placer (ou le faire placer par un élève) sur la bande de ruban adhésif appropriée. Voici un exemple :
Les mots relatifs à un thème peuvent être classés et disposés joliment sur un babillard.
- préparer l'arrière-plan et le cadre du babillard avec des motifs évoquant le thème de travail (des fleurs et des papillons, par exemple, pour le printemps);
- afficher le titre du thème en grosses lettres;
- écrire les titres de catégories sur des cartes-éclair d'une couleur;
- écrire les mots à classer sur des cartes-éclair d'une couleur différente;
- agrafer les titres de catégories;
- agrafer sous chaque titre les mots à classer, selon l'opinion de la majorité des élèves. Voici un exemple :
On peut aussi préparer des affiches avec les élèves :
- écrire en haut de chaque affiche le titre de la catégorie avec un crayon feutre épais de couleur vive;
- écrire la liste des mots classés sur l'affiche appropriée, avec un crayon feutre épais, d'une couleur qui contraste avec celle du titre;
- faire ressortir, le cas échéant, les éléments qui vous paraissent importants (déterminant, lettre initiale, syllabe, préfixe, etc.) Voici un exemple :
La banque de mots est un bon moyen de conserver des mots classés lors d'unités précédentes : à mesure que l'on enlève les cartes-éclairs des thèmes sur lesquels on a fini de travailler, on les range dans une banque de mots.
La banque de mots reste en permanence dans la classe. Les élèves peuvent s'en servir comme outil de référence, en situation de compréhension ou de production écrite, pour rechercher des mots qui ne sont plus affichés dans la classe.
- recouvrir des boîtes de même format avec un papier uni ou des chutes de papier peint;
- inscrire sur chaque boîte le titre de la catégorie; réserver une boîte pour la catégorie "mots-outils";
- ranger à l'intérieur de chaque boîte les cartes-éclair, selon les catégories auxquelles elles appartiennent.
À la place des boîtes, on peut utiliser de petits tiroirs, et inscrire sur chaque tiroir le titre de la catégorie.
Les jeux de cartes des familles représentent une bonne manière de réutiliser en petits groupes des mots classés.
On trouve dans le commerce de nombreux "jeux des sept familles". Les familles sont généralement des catégories sémantiques : les mots d'une même famille sont apparentés de par leur sens.
Vous pouvez en fabriquer avec vos élèves, avec du vocabulaire qu'ils connaissent, pour qu'ils puissent les utiliser par petits groupes.
Les jeux fabriqués pour la classe peuvent être des jeux de familles grapho-phonétiques ou morphologiques. On pourra faire des familles de :
- préfixes, comme la famille des "re" (repasser, redire, recommencer, refaire, reprendre);
- lettres initiales, comme la famille des "F" (une fleur, un flocon, une fille, une fête);
- sons, comme la famille des "on" (un citron, un melon, un ballon, un lion).
Voici des exemples de cartes d'un jeu de familles :
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La famille des "on"
1. le citron
2. le melon
3. le cochon
4. le ballon
5. le balcon
6. le lion
7. le poisson
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La famille des "on"
1. le citron
2. le melon
3. le cochon
4. le ballon
5. le balcon
6. le lion
7. le poisson
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Déroulement du jeu de familles :
- distribuer toutes les cartes du jeu;
- le but du jeu est d'accumuler le plus possible de familles complètes en demandant les cartes manquantes, une par une, aux autres joueurs;
- chaque fois qu'on obtient une carte d'un joueur, on a droit à un autre tour; sinon, la personne à qui on avait réclamé par erreur commence à demander des cartes, une par une;
- par exemple, l'élève qui a les cartes ci-dessus (le ballon et le citron, de la famille des "on") cherchera peut-être à accumuler les autres cartes de cette famille. Il pourra demander : "Dustin, dans la famille des "on", je voudrais le cochon". S'il obtient cette carte, il peut demander par exemple le poisson.
Les activités de classification devraient être souvent intégrées à l'étape de pré-écriture du processus d'écriture :
- utiliser ces stratégies lors de la rédaction d'histoires collectives permet d'offrir aux élèves un modèle dont ils s'inspirent dans leurs productions écrites individuelles;
- à la suite du remue-méninges, établir des titres de catégories, et les écrire sur de grandes feuilles; utiliser un crayon feutre d'une couleur différente pour chaque catégorie; les titres de catégories peuvent rappeler aux élèves les éléments clés du type de texte à rédiger;
- afficher les grandes feuilles dans la classe; on s'y référera au cours des diverses phases du processus d'écriture.
Le lexique personnel est la "banque de mots" personnelle de l'élève. C'est un cahier dans lequel il écrit et illustre ses mots usuels, ceux dont il a souvent besoin en situation de production écrite.
Dans le lexique personnel, les mots peuvent être classés de différentes manières :
- par thèmes ou par catégories sémantiques; ajouter une catégorie "mots-outils";
- par ordre alphabétique en première année, tous les mots commençant par la même lettre se retrouvent sur la même page (consulter les tableaux synoptiques du programme d'études (section "Objectifs") pour de plus amples détails sur les attentes que l'on peut avoir à chaque niveau en ce qui concerne la classification par ordre alphabétique);
Le "cahier de sons et de chansons" est un cahier dans lequel l'élève copie ou colle des chansons et des poèmes. Sur la page qui se trouve en face de celle du texte, il écrit, à mesure qu'il les découvre, les mots qui contiennent le "son-vedette" de la chanson ou du poème. Cette liste peut servir de référence en situation de production écrite. Voici un exemple :
Gros, gras, grand grain d'orge, quand grandiras-tu? |
Gr |
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Un grain Une graine Grand (grande) Une grappe
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Au cours des activités individuelles ou en petits groupes, on peut vérifier la compréhension d'un texte ou développer des connaissances en faisant faire à l'élève des exercices de classification :
- placer dans une enveloppe des étiquettes faites de bandes de papier découpées (cela permet de déplacer les mots facilement lorsqu'on envisage diverses possibilités), sur lesquelles sont écrits le mots ou groupes de mots à classer;
- donner aux élèves les consignes relatives à la classification.
On peut par exemple :
- classer les mots de l'enveloppe sous les titres "personnages" et "actions";
- classer les mots ou illustrations de l'enveloppe sous les titres "euil" et "euille";
- après avoir lu une recette de cuisine, classer les mots de l'enveloppe sous les titres "les ingrédients", "les ustensiles" et "les actions".