Pour avoir envie de lire de la poésie et vraiment apprécier ce genre, les élèves doivent avoir une grande liberté dans le choix des poèmes, dans les découvertes et les remarques qu'ils font au cours de leur lecture. Rien n'est plus décourageant que d'avoir à répondre à une liste de questions après la lecture d'un poème. Cette liberté peut cependant être gênante si les élèves ne savent pas ce que l'enseignant ou l'enseignante attend d'elles ou n'ont rien à dire.
Choisir régulièrement des poèmes à lire aux élèves. Lors de la lecture, les élèves auront le texte sous les yeux ou ne l'auront pas. En alternant entre ces deux situations, on peut vérifier celle qui encourage le plus la participation des élèves. Expliquer brièvement et simplement pourquoi le poème choisi est intéressant. Partager ainsi son expérience de lectrice et modéliser des techniques de lecture spécifiques au genre poétique.
Lorsque les élèves connaissent bien un élément du style poétique, en présenter un nouveau et concentrer l'interprétation du poème sur ce point.
Il n'y a pas de bonne, de mauvaise ni de meilleure réponse dans la lecture de la poésie.
Sans questionner ni critiquer les découvertes des élèves, faire des compliments sur ce qui est bien trouvé et qui reflète bien les connaissances de l'élève sur le genre. Demander à chaque élève de préparer un portfolio de ses poèmes favoris et organiser des entretiens au cours desquels l'élève pourra expliquer ses choix.
Lors des activités d'écriture, il peut arriver qu'une élève n'ait pas d'idée. Il faut alors la référer à son carnet d'observations. Si une élève manque vraiment d'inspiration, bref est en panne sèche, on peut lui proposer des débuts de poème pour l'aider à redémarrer (voir annexe 1, fiche 2).
Toutes les poètes connaissent des moments où elles n'ont rien à écrire, des moments d'angoisse, de vide, de vertige devant la page blanche. Ces sentimentsaussi, elles parviennent à les exprimer dans leur poésie.
Au cours de ces activités, les élèves pourront former leur goüt, acquérir des connaissances et essayer de nouvelles techniques qu'elles seront encouragées à réutiliser dans leurs productions. Au lieu d'étaler des connaissances en expliquant longuement des poèmes, laisser aux élèves le temps de feuilleter ensemble des recueils, d'écouter des enregistrements, de se lire des poèmes à mi-voix, ou à voix haute pour toute la classe, de prendre en note des vers qui leur paraissent intéressants ou réussis, de noter des idées que leur suggère le poème, de choisir leurs poèmes préférés pour les enregistrer, de les lire au reste de la classe ou à d'autres classes, de les recopier pour les conserver.
Les poèmes à considérer ne doivent pas toujours avoir été publiés professionnellement. Ils pourraient avoir été écrits par d'autres élèves, des frères ou des soeurs, des parents, etc.
En feuilletant, en manipulant, en prononçant ainsi une grande variété de poèmes, les élèves feront d'elles-mêmes beaucoup de découvertes, sur les répétitions, les sonorités, le rythme, les jeux de mots, les images.
Laisser aux élèves une plus large part d'initiative et de responsabilité dans l'organisation de ces activités, pour que se développent les valeurs, attitudes [VAL], connaissances et habiletés nécessaires pour accomplir la tâche. Pour motiver les élèves et les entraîner à participer avec enthousiasme, structurer la tâche à accomplir de façon à créer une certaine tension venant de la volonté de réussir donner un but à l'activité (une intention de lecture) et déterminer des résultats tangibles qui seront partagés avec le reste de la classe pour en obtenir une rétroaction avant de les réinvestir dans des activités subséquentes [AUT]. Répondre aux questions des unités de poésie des manuels de lecture n'accomplit que rarement tout cela.
Les élèves aborderont l'activité et accompliront la tâche selon leurs capacités. Elles pourront se demander, par exemple, quels sont les défis particuliers que leur pose le poème. Quel est le message transmis par le poème? Quelle est sa structure (comment le message est, peu à peu, transmis)? Quelles sont les connaissances essentielles à sa compréhension? Quels sont les mots qu'il fautchercher dans le dictionnaire, ceux dont on peut deviner le sens? Quels sont ceux dont le sens est important et ceux qui ont été choisis pour leur sonorité? Y a-t-il des mots employés au sens propre et au sens figuré? Est-ce que l'auteur joue sur plusieurs sens d'un mot? Quels éléments du langage poétique peuvent-elles découvrir? Quelles sont les valeurs véhiculées par le texte? Quelles sont les tâches que le groupe veut accomplir? Comment les élèves vont-elles se les diviser?
Les élèves ne pourront pas découvrir tous ces points immédiatement. Elles développeront ces habiletés grâce à la modélisation de ce type d'activité par l'enseignant ou l'enseignante et avec l'expérience.
Au cours de l'objectivation de l'activité, elles se demanderont ce qu'elles sont particulièrement fières d'avoir trouvé, ce qui a été réussi, les attitudes, connaissances et habiletés qu'elles devraient acquérir pour encore mieux réussir une telle activité une prochaine fois.
Essayer les activités soi-même donne une idée des problèmes qui vont se poser aux élèves. En utilisant la technique de l'expérience langagière, écrire des poèmes, les éditer et les corriger avec elles pour modéliser le déroulement des activités dans des groupes d'écriture et des groupes de révision et de correction rédactionnels ainsi que les expressions nécessaires à ces activités en français [COM, AUT].
Il est difficile d'évaluer des textes d'écriture créative en langue seconde sans décourager les jeunes auteures. Des suggestions sont données plus loin pour faire participer d'abord l'élève, des partenaires, la classe ou même d'autres classes, et l'enseignant ou l'enseignante, ou un autre adulte, tout en donnant la responsabilité finale à l'élève. Comme lors de la lecture appréciative de poèmes, ce qui sera soulevé dans cette évaluation sont les réussites, les aspects les plus intéressants du poème, les connaissances sur le genre qui ont été suffisamment intégrées pour se retrouver dans l'écriture.
Il n'est pas important que les élèves comprennent chaque mot du poème ou qu'elles en fassent «la bonne interprétation». Il est plus efficace à long terme qu'elles développent des stratégies pour aborder des textes difficiles, qu'elles s'habituent à relever des indices et des mots clés qui donnent le sens général du contenu du texte (ou message). Elles peuvent, si elles le jugent nécessaire, recourir au dictionnaire sans que cela soit une obligation. En poésie, les connotations des mots et leur juxtaposition sont porteuses de plus de sens que leur définition. Ce sont-là des connaissances personnelles qui sont difficiles à transmettre. C'est donc l'écoute et la lecture régulière de textes poétiques qui permettra de faire ces découvertes et de développer ces connaissances et ces habiletés.
La négociation de sens entre élèves, à l'intérieur de groupes, permet une participation plus active de leur part dans cette découverte parce qu'elles sont toutes à égalité et n'attendent pas la bonne réponse de l'adulte. Peu à peu, elles se construiront ainsi le bagage de connaissances et d'habiletés nécessaires à la lecture de la poésie et trouveront la tâche plus intéressante et plus facile.
Les élèves trouveront sans doute plus facile de lire un premier poème à deux et de faire une liste des caractéristiques qu'elles peuvent y trouver, au bout d'une dizaine de minutes, elles vont se joindre à un autre groupe qui peut avoir un autre poème. Les quatre élèves échangent leurs poèmes, comparent alors les caractéristiques de leurs deux poèmes et font une liste ou remplissent un schéma de Venn de ce qui est semblable ou différent dans les deux textes.
Si le nombre de poèmes lus au cours de l'activité n'est pas trop grand, les informations recueillies peuvent être mises en commun par toute la classe. Sinon, les poèmes peuvent être classés dans le recueil de la classe comme des exemples de certaines caractéristiques.
La production en langue seconde comprend des tâches longues et difficiles. Pour faciliter ces tâches, les rendre plus efficaces et plus agréables, la classe sera souvent divisée en groupes rédactionnels. Dans ces groupes, les élèves développeront les attitudes, valeurs, connaissances et habiletés qui les amèneront à utiliser leur langue seconde de façon créative bien sür, mais aussi riche et correcte que possible.
Parce que les tâches de production sont plus lourdes, les groupes seront généralement plus grands. Il faudra donc les structurer en groupes d'apprentissage coopératif. Les élèves nommeront un président ou une présidente qui assurera le bon fonctionnement et le consensus du groupe, un ou une secrétaire qui recopiera sur une grande feuille le poème réalisé à partir des propositions du groupe, un ou une porte-parole qui expliquera comment le groupe est arrivé à sa solution, et un moniteur ou une monitrice de français qui s'assurera que l'activité se déroule dans cette langue [VAL, AUT].
L'enseignant ou l'enseignante veillera à ce que les élèves soient bien préparés pour les activités de groupe et à ce qu'elles connaissent les expressions nécessaires à la complétion de leurs tâches. Les valeurs essentielles au bon fonctionnement des groupes sont le respect des autres, de leurs contributions et de leurs expériences et la volonté de participer au maximum de ses capacités [COM, VAL, AUT].
Les élèves travailleront souvent ensemble pour préparer les activités d'écriture: écrémer leurs carnets d'observations pour trouver des sujets d'écriture, recueillir du vocabulaire autour de ce sujet, chercher les différents sens des mots polysémiques et leurs synonymes, composer des lexiques, des recueils d'expressions découvertes au hasard des lectures, chercher des mots qui commencent par la même lettre pour créer des allitérations et les classer selon leur nature, trouver leur féminin, leur pluriel, leur conjugaison, etc.
Le genre et le nombre pouvant modifier le rythme et les rimes initialement visés par l'auteure, il est bon de planifier des stratégies les aidant à résoudre ces problèmes dès le début. Les élèves devraient vérifier le genre des noms dans un dictionnaire, écrire au besoin les groupes de mots entiers sur des cartons qui peuvent être déplacés, par exemple, ou en faisant des remue-méninges des différentes possibilités sur des listes.
Les élèves pourront avoir recours à leurs camarades pour commenter leur texte ou les aider à résoudre des problèmes. Elles bénéficieront ainsi de l'appréciation et de l'expérience d'autres lectrices-écrivaines et pourront considérer leur texte selond'autres points de vue, peut-être plus neufs ou plus objectifs.
C'est à l'élève cependant que revient la décision de modifier son texte, de le publier s'il est prêt ou de le laisser de côté pour l'instant. Avec l'expérience de la lecture et de l'écoute, les élèves intégreront graduellement et naturellement leurs connaissances dans leurs productions.
En cas d'impasse, l'enseignant ou l'enseignante modélisera le processus en faisant remarquer les points forts du texte et en posant des questions mais laissera autant que possible la résolution des problèmes à l'élève et à ses partenaires [COM, AUT].
La plupart des corrections d'orthographe et de grammaire peuvent être laissées aux élèves. La tâche peut être donnée à un groupe dont les membres se diviseront les responsabilités. L'un vérifiera l'orthographe des mots dans le dictionnaire, l'autre en cherchera le genre, une autre vérifiera l'accord des verbes avec le sujet, un autre vérifiera les accords dans les groupes nominaux.
La poésie étant un genre très personnel, beaucoup d'autonomie sera laissée aux élèves dans le choix des lectures comme dans celui des sujets, des modèles à exploiter. L'enseignant ou l'enseignante proposera au besoin des idées ou des activités mais pourra négocier des modifications ou des alternatives avec les élèves [AUT].
Plus les élèves pourront faire preuve d'initiative dans l'organisation et le déroulement des activités individuelles et collectives plus celles-ci seront intéressantes et motivantes pour elles. Cette motivation est essentielle pour former des personnes qui pourront, peut-être, apprécier la poésie toute leur vie mais qui, surtout, feront preuve d'ouverture d'esprit, d'imagination et de créativité et seront capables d'utiliser les techniques du genre poétique pour communiquer de façon créative, efficace et intéressante [CRC].
L'enseignant ou l'enseignante négociera donc avec les élèves les structures dans le cadre desquelles elles devront fonctionner mais leur laissera autant que possible la responsabilité d'accomplir les tâches qu'elles se seront fixées, tout en s'assurant qu'elles ont les moyens de le faire [AUT].